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« La terre sous ses pieds » de Salman Rushdie

« Pourquoi faisons-nous si grand cas des chanteurs ? Où réside le pouvoir des chansons ? Dans la pure étrangeté de l’existence du chant. La note, la gamme, l’accord ; les mélodies, les harmonies, les arrangements ; les symphonies, les raggas, les opéras chinois, le jazz, le blues : que de telles choses puissent exister, qu’on ait pu découvrir les intervalles et les écarts magiques que donnent les pauvres grappes de notes, tout cela dans l’empan, l’étendue de la main humaine, à partir de laquelle on peut construire nos cathédrales de sons, c’est un mystère aussi alchimique que les mathématiques, le vin ou l’amour. Les oiseaux nous l’ont peut-être appris. Peut-être pas. Peut-être sommes-nous simplement des créatures à la recherche de l’extase. Nous n’en avons pas beaucoup. Nos vies ne sont pas ce que nous méritons, elles sont, mettons-nous bien d’accord, douloureusement insuffisantes. La chanson les transforme en quelque chose d’autre. La chanson nous montre un monde digne de notre ardent désir, elle nous montre notre être intime comme il devrait être, si nous étions dignes du monde ».

Salman Rushdie


"Le chant des hommes", de Nazim HIKMET

LE CHANT DES HOMMES

Leurs chants sont plus beaux que les hommes,

plus lourds d’espoir,

plus tristes,

et plus longue est leur vie.

Plus que les hommes j’ai aimé leurs chants

J’ai pu vivre sans les hommes

jamais sans les chants ;

il m’est arrivé d’être infidèle

à ma bien aimée,

jamais au chant que j’ai chanté pour elle ;

jamais non plus les chants ne m’ont trompé.

Quelle que soit leur langue

j’ai toujours compris les chants.

En ce monde,

de tout ce que j’ai pu boire

et manger,

de tous les pays où j’ai voyagé,

de tout ce que j’ai pu voir et entendre,

de tout ce que j’ai pu toucher

et comprendre,

rien, rien

ne m’a rendu jamais aussi heureux

que les chants...

Poème de Nazim HIKMET, écrit le 20 septembre 1960, extrait du recueil "il neige dans la nuit"